Une bonne partie de la population oranaise n’arrive pas à joindre les deux bouts, plus particulièrement en ce mois de Ramadhan où les dépenses ne cessent de s’accumuler, entre la «meïda» du soir et les préparatifs de l’Aïd El-Fitr, avec les traditionnels gâteaux et surtout les vêtements pour les enfants.
Concernant les effets vestimentaires, il y a plusieurs destinations privilégiées par les citoyens, et ce, en fonction de leurs possibilités financières.
Les plus nantis sur ce point, même si certains vont jusqu’à s’endetter pour s’habiller en haut de gamme, s’en remettent aux luxueux bazars et échoppes qui ont pignon sur rue avec leur « griffe » et leur « enseigne », alors que d’autres, qui constituent la grande majorité, se tournent vers les boutiques de prêt-à-porter, moins rutilantes certes mais où l’on trouve des produits tout aussi convenables au niveau de la qualité. C’est le cas de l’inégalable Medina El-Djedida où l’on vend de tout et à toutes les bourses.
L’avantage de cet endroit aux multiples ruelles achalandées et versées dans le commerce de l’habillement, provenant de tous les coins du monde, c’est que l’on peut marchander.
Là, ce sont surtout les jeans, pulls, ensembles pour enfants, robes diverses… qui sont les plus demandés. Les gens savent qu’ils ne pourront que très rarement trouver les mêmes articles moins chers ailleurs, notamment au centre-ville. Parfois même, ce sont les revendeurs occasionnels, c’est-à-dire les ambulants, qui exposent leur marchandise à même le sol, proposant de tels effets vestimentaires à des prix défiant toute concurrence.
Mais, il y a également une bonne partie de citoyens qui ne peuvent pas se payer de tels vêtements en dépit de leurs prix abordables. Ces derniers n’ont d’autre choix que de se diriger vers les souks de la friperie à El-Hamri, qui est ouvert toute la semaine durant la journée, et celui de Maraval, plus connu sous le nom de Souk Larbaâ, qui a lieu une fois par semaine tous les lundis.
A El-Hamri, il existe deux catégories de produits d’habillement, à savoir le tout-venant, qui provient directement des ballots de vêtements non recyclés, et l’exceptionnel, pratiquement du neuf résultant d’un tri en bonne et due forme.
D’ailleurs, les vêtements proposés sont très souvent en harmonie avec la mode et l’air du temps. Et parfois, dans les ballots de la friperie, on trouve des effets haut de gamme avec des vêtements dégriffés et qui sont très recherchés.
A titre d’exemple, un pull de marque renommée coûte entre 300 et 500 DA ici, alors qu’ailleurs, notamment dans les magasins chics, il peut facilement dépasser les 5 000 DA. Là aussi le marchandage est permis, mais pour dénicher la bonne occasion, il faut souvent chercher longtemps. Le marché grouille de gens durant le jour, notamment depuis quelques jours vu que la fin du Ramadhan est proche.
Une dame, qui était accompagnée de ses deux filles, nous dira à propos des achats qu’elle effectue dans ce marché: «J’ai quatre enfants et je ne peux les habiller tous pour l’Aïd si je choisis de faire les magasins en ville ou ailleurs. Car c’est très cher et avec toutes les dépenses occasionnées par le Ramadhan, je suis contrainte de me tourner vers la friperie. Avec 800 DA ou 1 200 DA par personne, je peux habiller correctement mes gosses et croyez-moi, avec de bonnes choses ».
Souk Larbaâ a la cote…
Cependant de l’avis de certains clients, il y a encore mieux côté prix puisque le Souk Larbaâ serait devenu l’endroit où l’on réaliserait les meilleures affaires. On y trouve des pulls, pantalons, chemisettes, sous-vêtements féminins etc. pour moins de 100 DA et bien d’autres effets pratiquement neufs à des prix imbattables.
« Chaque année, j’avais l’habitude de m’approvisionner en habillement pour moi et ma famille, que ce soit durant toute l’année ou à l’Aïd El-Fitr, voire à la rentrée scolaire, au souk de la friperie d’El-Hamri en croyant que c’était là le lieu de prédilection des bonnes affaires, mais depuis qu’une voisine m’a appris l’existence de ce souk qui se tient tous les mercredis au quartier Maraval, j’ai décidé d’aller faire un tour histoire de tâter le terrain.
J’ai été tellement subjuguée par la diversité des produits proposés à la vente, plus particulièrement les vêtements, et surtout leurs prix affichés, que je suis devenue une fervente cliente », affirmera cette mère de famille dont le mari n’a qu’une petite rémunération.
En dépit des protestations lancées par la majorité des commerçants du prêt-à-porter pour dénoncer la concurrence déloyale amorcée à leur encontre par la friperie, et les échos faisant part d’éventuelles maladies dermiques ou respiratoires provenant de ces vêtements-là, les gens continuent de fréquenter ces lieux et s’arracher les produits qui s’y trouvent, parfois même avec frénésie.
Ce qui fait dire à un jeune homme, tout heureux d’avoir pu dénicher l’article de son choix: « Même si on s’évertue à dire que le marché de la friperie ne va pas tarder à mourir, je crois qu’au contraire celui-ci a encore de beaux jours devant lui ».
B.B. Ahmed_L'Echo d'Oran