Les terroristes d’Al Qaïda au Maghreb font le maximum pour essayer de convaincre les jeunes à adhérer leurs groupes dispatchés sur le territoire nord-africain.
D’habitude confinés dans les régions et les zones conservatrices, ces groupes islamistes extrémistes n’hésitent plus de nos jours, pour renflouer leurs rangs, à ratisser au niveau des wilayas dites à mentalité européenne.
Dans le cadre de ce déploiement, la capitale de l’Ouest algérien est une des cibles. Au niveau de cette dernière, les activités des groupes extrémistes sont visibles. Aucun lieu public n’est épargné. Mosquées, marchés publics, zaouïas et autres endroits religieux sont des espaces à conquérir.
Mais, depuis peu, ce sont les cités universitaires de cette wilaya qui représentent le point focal des troupes de la mort. Pour ce reportage que nous avons mené dans l’antre de l’hydre, l’opportunité nous a été offerte par un membre de l’Union générale des étudiants libres (UGEL) afin de voir de près le danger qui guette l’Algérie si le holà n’est pas mis . Nous sommes le lundi 1er novembre quand notre guide prend attache avec nous. Nous entamons notre virée par la Cité C1.
L’infrastructure relève de la commune de Bir El-Djir. Une moussella (lieu de prière) est érigée à même le campus. Avant la prière du maghreb, une grande altercation entre des extrémistes et quatre jeunes étudiants éclate. Les raisons de cette dispute est que l’imam de la moussella a refusé que les étudiants fassent la prière dans ce lieu sous prétexte qu’ils sont des ennemis de Dieu.
Voulant mettre fin à la polémique, quelques étudiants présents tenteront de donner des explications à l’imam en lui indiquant que la religion est contre ce genre de comportement.
C’est uniquement le Tout-Puissant qui peut trancher sur la foi de chacun de nous, ontils relevé. Mais le «gardien» du temple refusera catégoriquement toute explication. A la fin de la prière qui a été entamée après moult tergiversations et prises de becs, ce sera au tour d’un groupe de salafistes de refuser de faire la prière derrière l’imam en question qui viendra à son tour, s’entourant d’un groupe d’étudiants, prêcher la «bonne parole».
A la fin du cours de religion, nous nous sommes rapprochés d’un étudiant auquel nous avons posé quelques questions sur ce qu’il vient d’entendre. Le comportement de ces extrémistes et ce qu’ils prêchent comme idées en direction et contre tous n’épargnent personne, gouvernement, femmes, frères, soeurs...
Et à notre interlocuteur de nous répondre : «Cela est strictement interdit par la religion, car l’être humain est libre de choisir sa religion. C’est d’ailleurs ce que Dieu indique clairement dans le saint Coran. Même le prophète n’a pas fait cela. Ce sont des idées presque identiques à celles des terroristes que nous entendons ces derniers jours et cela donne une mauvaise image de l’islam dans le monde». Le lendemain matin, nous sommes revenus mon guide et moi, sur les lieux.
A notre arrivée, alors qu’il était 10h30, nous nous faisons aborder par un individu à la sortie de la cité. C’est l’un des extrémistes de la cité qui nous bloquait la route. Il est en compagnie de cinq nouveaux bacheliers. L’extrémiste nous demande de les rejoindre dans le but d’assister à une conférence religieuse qui allait être animée par un membre de leur groupe.
Ce que nous n’avons pas refusé. Arrivés dans la salle, les premiers conseils de ce salafiste extrémiste à tous les nouveaux bacheliers présents ici est de ne pas marcher sur les pas des autres étudiants et d’essayer de procéder à des transferts de filières qui les mèneront à continuer leurs études de préférence en religion islamique.
Après un long débat vint la question d’un étudiant en langue française et qui était de savoir pourquoi changer de spécialité sachant que l’islam encourage le savoir, en général, et de ce fait toutes les études. Et au conférencier de répondre : «Vous, les francophones, vous êtes toujours contre l’islam et votre présence parmi nous est une honte.»
La réponse du «gourou» fut suivie par l’expulsion de l’étudiant de la salle. Cette seconde journée fut caractérisée aussi par une grande bagarre qui a éclaté entre des extrémistes et d’autres étudiants au niveau du restaurant de la cité universitaire Volontaire.
Cela s’est produit au moment du dîner quand de nouveaux bacheliers ont tenté de prendre leurs plats et que des salafistes les ont empêchés de passer avant eux. Quant au motif de l’altercation, personne ne le saura. Seule la déclaration du chef du groupe d’extrémistes viendra combler ce déficit. «Nous sommes prioritaires», dira-t-il en direction de la salle. Une réponse qui donne une idée sur ce pseudo- connaisseur de l’islam.
Et pour cause, l’islam est la religion du pardon, de l’aide et de la fraternité. La réponse du salafiste sera étayée par le chef de file de la horde par le fait que ces étudiants n’étaient pas leurs frères et qu’ils étaient des ennemis de l’islam.
La nuit sera très calme, ce qui nous permettra d’entamer une discussion avec notre guide qui nous précisera que ces groupes d’extrémistes visent, comme nous l’avons constaté, les nouveaux bacheliers. Ils leur font un lavage de cerveau, les incitant parfois même à se séparer de leurs familles en les empêchant de se rendre chez eux durant les vacances.
Notre même interlocuteur ajoutera dans ce même sillage que la Direction des oeuvres universitaires n’a toujours pas bougé le petit doigt devant ces faits malgré les dizaines de rapports rédigés par les unions des étudiants, à l’instar de l’UGEL et de l’UNEA, qui, chaque semaine, envoient des courriers à la directrice dans l’espoir de la voir réagir, en vain.
Quant aux plaintes déposées chez les services de sécurité, la loi interdit le dépôt d’une plainte non fondée ou non appuyée par des faits, comme des tentatives ou d’adhésion à des groupes terroristes. Notre même source nous précisera que ces extrémistes existent aussi chez les étudiantes dans les cités universitaires des filles.
«Le monde des études supérieures et de la recherche scientifique est en danger», nous affirmera notre source. Pour cette dernière, si les responsables de l’université ne réagissent pas dans l’immédiat on peut penser qu’ils sont en train de donner la chance à des terroristes pour former des futurs djihadistes qui tueront des innocents.
Y. Abdellah - L'Authentique