Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc

Les réseaux sociaux, principalement Twitter, Facebook, YouTube, etc, ne sont pas seulement des outils ou des instruments de communication pour jeunes en mal de contacts ou d’amitiés. Leur développement fulgurant ces dernières années, les centaines de millions d’adhérents et autres « followers » qu’ils comptent désormais en font des armes de propagande, d’enrôlement et de mobilisation de plus en plus utilisées par tous ceux qui ont quelque objectif avéré ou caché à atteindre.

Cette vérité est apparue au grand jour avec l’affaire Wikileaks, mais aussi le déclenchement des printemps arabes en Tunisie et surtout en Egypte, l’insurrection ratée au Bahreïn, la révolte populaire réprimée dans le sang en Syrie. Avant ces épisodes qui ont caractérisé tout le premier semestre de l’année 2011, il y a eu des précédents, en Iran, durant l’été 2009, à la suite de la réélection d’Ahmadinedjad le 12 juin de cette année-là, mais aussi la révolution Orange en Ukraine, la révolution des Roses en Géorgie, les tentatives en Biélorussie, etc.

Tous ces mouvements de contestation, qui ont, ou non, été couronnés de succès, ont eu pour dénominateur commun l’utilisation d’Internet et des fameux « social networks », à l’origine des mots d’ordre de renversement des régimes en place, mais aussi de revendications pour la liberté, la dignité, le respect des droits de l’Homme, la démocratie, le pluralisme, etc. Les jeunes étaient et sont toujours les principales cibles de ces réseaux qui ont permis de dépasser l’absence de structures organisationnelles et politiques dans des régimes répressifs et dictatoriaux. Mais peut-on estimer que Facebook et Twitter, pour ne citer que les principaux, sont des réseaux indépendants, apolitiques, créés seulement pour le seul bénéfice (et quel bénéfice) des Mark Zuckerberg et autres géniaux inspirateurs de ce nouveau vecteur de communication de masse ? Leur lieu de naissance, les Etats-Unis, le développement exponentiel d’Internet dans ce pays, l’utilisation très pertinente de ces réseaux par la classe politique américaine nous apportent des ébauches de réponses.

Personne n’ignore, par exemple, que le président Barack Obama a largement utilisé les réseaux sociaux pour mobiliser son électorat, obtenir des dons d’argent et toucher des cibles jusque-là inaccessibles, (les jeunes et les minorités ethniques), dès l’annonce officielle de sa candidature à la Maison Blanche en février 2007. Son site « MyBarackObama.com » a d’ailleurs été réalisé sur le modèle de Facebook par Chris Hugues, l’un des fondateurs de ce réseau.
Waël, cyberstar !

Hormis ces quelques précisions, on rappellera également que le Département d‘Etat américain, avait demandé et obtenu de Twitter qu’il repousse de quelques jours la mise à jour de ce réseau afin de permettre aux opposants iraniens de mobiliser leurs troupes lors des révoltes de la jeunesse étudiante au début de l’été 2009 parce que Twitter était le moyen de communication et de mobilisation de prédilection de ces jeunes contestataires anti-Ahmadinedjad... Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités.

Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (voir infra).
Deux visages

Dans le même temps, la diplomatie officielle américaine, celle qui s’exprime par le biais des communiqués du State Department, saluait la victoire du Oui, félicitant les autorités marocaines pour ce progrès tangible dans la voie d’une Monarchie constitutionnelle... Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement.

En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie... Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Fahd YATA